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Pierre L’Heureux, un chargé de cours qui enseigne la victimologie avec cœur et engagement

Animé par une grande douceur, une approche profondément humaine et un enseignement ancré dans la pratique, Pierre l’Heureux est l’un des enseignants les plus appréciés du certificat en victimologie de la Faculté de l’apprentissage continu de l’Université de Montréal. Fort d’une longue carrière dans le réseau de la santé et des services sociaux, il pose un regard à la fois lucide, engagé et inspirant sur la victimologie, un domaine en pleine transformation.

Une vocation pour l’enseignement née du terrain

Tout débute dans un CLSC. Pierre L’Heureux y commence sa carrière comme agent de relations humaines et y anime, à ce titre, des cours prénataux. Ce qui devrait être un moment de joie partagée l’amène toutefois à côtoyer, pour la première fois, une réalité plus sombre : celle de la violence conjugale. « Je me suis rendu compte que l’arrivée d’un enfant n’était pas toujours synonyme de bonheur à la maison », se souvient-il. Un constat marquant, qui agit comme un véritable déclencheur.

« Il y avait très peu, voire aucun homme qui venait dans les cours. Ce contact avec la violence conjugale m’a assez rapidement amené à vouloir m’impliquer dans le développement des premiers programmes en intervention en violence auprès des hommes auteurs de ces violences », explique-t-il. Il s’investit donc dans l’intervention mais aussi la recherche, avec une maîtrise sur la résolution des conflits dans les équipes multidisciplinaires des établissements de santé et, plus tard, la supervision et la formation de jeunes intervenant(e)s.

Car Pierre L’Heureux se distingue par une curiosité insatiable et une énergie contagieuse, qui le poussent à multiplier les rôles, les projets et les occasions de transmettre. C’est ainsi qu’il rejoint, en 1999, l’équipe enseignante du certificat en victimologie de la Faculté de l’apprentissage continu qui s’intitule alors certificat en violence, victimes et société. Depuis, il n’a cessé d’y contribuer et d’être un témoin privilégié de son évolution et de celle de la société québécoise.

Un domaine qui s’ouvre à de nouveaux horizons, des regards qui se multiplient

Au fil des années, Pierre L’Heureux voit l’étude de la victimologie gagner en ampleur et rejoindre un public de plus en plus diversifié, bien au-delà des parcours traditionnels en intervention. Une évolution qu’il perçoit comme véritable richesse. Des étudiantes et étudiants venus de programmes en ressources humaines ou en droit viennent ainsi enrichir les échanges en cours. « La victimologie montre une pertinence, même dans des champs relativement éloignés », constate-t-il. Cette diversité transforme les dynamiques pédagogiques et ouvre de nouvelles perspectives : « On me pose des questions que je n'aurais jamais eues il y a 5 ou 10 ans, précisément parce que ces personnes arrivent d'autres horizons et qu’elles souhaitent faire le lien avec leur domaine. »

Il donne l’exemple des ressources humaines, où les préoccupations ont évolué à la faveur du mouvement #MeToo : « Comment intervient-on ? Comment prévient-on ? Comment dépiste-t-on ? Ce sont des questions qu’on nous posait peu auparavant. Les gens s’en remettaient surtout aux lois et aux règlements. Aujourd’hui, ils veulent aller plus loin : ils veulent savoir comment accompagner, comment aider concrètement. »

Du côté du droit, l’élargissement est tout aussi marqué : « Les juristes cherchent de plus en plus à comprendre toute la chaîne des impacts vécus par les victimes et leurs proches. On dépasse les enjeux strictement légaux : quels sont les préjudices émotionnels ? Comment les personnes sont-elles accompagnées ? Est-ce qu’on peut, à notre niveau, faire une différence dans leur vécu ? »

Pour Pierre L’Heureux, ces nouvelles questions témoignent d’un changement profond : « C’est comme si la sensibilité à la victimisation avait fait un bond en avant. » Et de conclure, avec optimisme : « C’est très positif. Dans le fond, ces problèmes existaient déjà. Cela ne veut pas dire qu’il y a plus de victimes, mais plutôt que les gens veulent mieux accompagner et davantage s’équiper pour le faire. » Une évolution révélatrice, selon lui, d’un milieu professionnel en transformation et plus conscient de ces problématiques.

Ce changement s’accompagne aussi d’une compréhension plus fine des réalités vécues sur le terrain. « On a vu exploser la demande d’aide, pas seulement pour les victimes, mais aussi pour des personnes ayant eu des comportements à problème », souligne-t-il. « On se rend compte que derrière certains comportements difficiles, il y a souvent des parcours de victimisation. On doit donc travailler les deux dimensions. »

Il évoque notamment les hommes ayant subi des abus sexuels durant l’enfance : « C’était un sujet tabou. Aujourd’hui, cette paroi a littéralement éclaté. » Cette prise de conscience élargit les pratiques et appelle à des approches plus hybrides : « Cela met au défi de développer des interventions qui ne négligent ni les gestes posés, ni le vécu de victimisation. »

Cette transformation des pratiques et des attentes nourrit aujourd’hui sa manière d’enseigner. Comme le souligne la responsable du certificat en victimologie, Isabelle Parent, « Pierre L’Heureux incarne parfaitement l’esprit de notre programme. Par sa capacité à relier la théorie à la pratique et par son approche très humaine, il marque durablement le parcours de ses étudiantes et étudiants. Il contribue depuis des années à former des personnes intervenantes compétentes, mais surtout conscientes et humaines. Une mission essentielle en victimologie. »

Apprendre autrement, dans l’expérience et la réflexion

Au cœur de la pratique pédagogique de Pierre L’Heureux, une conviction forte : apprendre, c’est expérimenter et se questionner. Le chargé de cours, qui donne les cours Résolution de conflits (donné dans le cadre du certificat en victimologie et dans le nouveau certificat en justice réparatrice), L’intervenant en contexte de violence et Profils vulnérables, incarne pleinement cette posture en classe.

Son enseignement repose sur une approche résolument pratique, en phase avec l’ADN de la Faculté de l’apprentissage continu. Jeux de rôle, mises en situation, entrevues simulées : tout est mis en œuvre pour plonger les étudiant(e)s dans des contextes réels. « Je me rends très vulnérable dans les cours », confie-t-il. Il partage autant son parcours personnel que ses apprentissages professionnels, y compris ses erreurs. « Quand j’ai examiné mon passé, je me suis rendu compte que j’avais été en contact avec des personnes lourdement victimisées. Cela explique en partie ma sensibilité à ces enjeux.  Je n’ai pas toujours été aussi à l’aise, ni aussi sensible dans ma pratique. C’est quelque chose qui s’est construit avec le temps. J’ai sur ma conscience le fait qu’il y a des personnes que j’ai peut-être mal aidées. Il faut en parler, parce que c’est humain. »

Il encourage ainsi l’introspection. Dans certains cours, cette dimension devient centrale : « Dans mon cours L’intervenant en contexte de violence, 60 % de la note va à des exercices d’observation ou d’expérimentation personnelle. » Pour lui, un(e) bon(ne) intervenant(e) doit d’abord développer une conscience de soi et se mettre en position de vulnérabilité pour comprendre ce qu’ils vont demander aux personnes qu’ils accompagnent.

Un impact concret, au-delà de la salle de classe

Pierre L’Heureux se distingue aussi par l’ampleur de son engagement, qui dépasse largement l’enseignement. Actif sur le terrain, il contribue à des projets novateurs, des programmes de prévention et de soutien, notamment auprès de communautés autochtones. Il travaille par exemple avec des communautés attikameks pour développer des approches adaptées, en particulier pour les hommes ayant vécu des abus sexuels. « C’est l’une des problématiques les plus lourdes et les plus délicates, parce qu’elle touche à l’identité, à la famille, aux institutions. » explique-t-il.

Après près de trois décennies d’enseignement, sa passion demeure intacte. « La passion ne s’est pas amenuisée, bien au contraire », affirme le chargé de cours. Une énergie qu’il entretient autant par son engagement professionnel que par de simples moments de ressourcement, comme marcher en forêt ou lire des romans policiers.

Mais au-delà de ces sources d’équilibre, c’est surtout le sens qu’il donne à son travail qui continue de le porter. Le contact avec les étudiantes et étudiants, les échanges, les remises en question nourrissent une pratique en constante évolution.

Porté par cette curiosité, cette capacité à se renouveler et cette volonté de transmettre, Pierre L’Heureux incarne pleinement la mission de la Faculté de l’apprentissage continu : former des professionnel(le)s engagé(e)s, capables de réfléchir, d’agir et, surtout, de faire une réelle différence dans la vie des personnes qu’ils accompagnent.

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