Amélie Sigouin, fondatrice de La Maison Bleue, organisme à but non lucratif qui accompagne les femmes enceintes en situation de vulnérabilité et leurs familles, est diplômée d’honneur 2026 de la Faculté de l’apprentissage continu de l’Université de Montréal. Cette distinction souligne la réussite et le parcours de personnes diplômées qui contribuent de façon remarquable à l’avancement de la société. Portrait d’une femme inspirante qui, par son engagement et sa vision, participe activement à transformer la vie des tout-petits et de leurs familles.
Un parcours atypique qui devient un modèle
Le jour où Amélie Sigouin franchit les portes d’un Centre de la petite enfance (CPE), c’est le coup de foudre. Elle y découvre un univers qui ne la quittera plus : celui des tout-petits, de ce « merveilleux » qui l’habite encore aujourd’hui. Car les bébés, elle les aime « d’amour ». Pourtant, son chemin vers ce qui allait devenir une vocation n’a rien eu de linéaire.
« Mon parcours est assez atypique. Je suis « tombée sur mon X » après différents chemins de traverse » explique-t-elle d’emblée. Comme tous les jeunes, elle cherche sa voie. Elle tente la criminologie, mais réalise rapidement qu’elle souhaite s’orienter vers une carrière où elle peut mettre ses mains dans quelque chose de concret. Elle se tourne alors vers le design de mode : la machine à coudre, l’organisation de défilés, en somme le côté pratico-pratique, la séduisent. Elle travaille ensuite pour des magazines et une école de danse. Dans ce travail qu’elle a beaucoup aimé, elle apprécie particulièrement la liberté du travail autonome. Déjà, elle fait preuve d’un grand sens de l’organisation et aime faire plusieurs choses à la fois. Mais malgré cela, quelque chose manque. Elle cherche un équilibre, un sens, une façon de faire une réelle différence.
C’est en renouant avec son intérêt marqué pour les enfants que tout s’éclaire. « Les enfants, c’est un univers miniature. Un monde incroyable. » partage Amélie Sigouin. Elle décide donc de faire du bénévolat dans une garderie à côté de son travail de styliste. C’est un véritable coup de foudre professionnel. Pour gagner en compétences et en faire un métier, elle s’inscrit au certificat en petite enfance et famille : intervention précoce de la Faculté de l’apprentissage continu (FAC).
Ce programme qui allie théorie et pratique, comme tous les programmes de la FAC, lui ouvre un monde : les approches, les bonnes pratiques, la réflexion sur « comment intervenir avec les tout-petits pour respecter qui ils sont ». Elle est marquée par l’équipe chargée de cours, notamment Nathalie Bibeau, directrice du programme jeunesse du CCSMTL et Mario Régis, qui a dirigé le Regroupement des Centres de la petite enfance de l’Île de Montréal, qu’elle recroisera par la suite. En parallèle, elle obtient un emploi d’éducatrice en CPE, où elle met ses apprentissages en pratique au quotidien.
Une histoire de famille au service des familles
C’est lorsque qu’elle travaille au CPE qu’Amélie Sigouin tombe enceinte. Retirée préventivement de son milieu de travail, elle met ce temps à profit pour nourrir et déployer son esprit entrepreneurial.
Sa mère, médecin de famille accoucheur, lui parle des suivis de grossesse parfois désintégrés : les femmes sont suivies pendant la grossesse, mais après l’accouchement, elles se retrouvent souvent sans continuité. Amélie réfléchissait déjà à ouvrir une garderie, consciente de l’impact de ces milieux, notamment pour les familles plus vulnérables. Rapidement, la réflexion s’élargit : pourquoi ne pas offrir un ensemble de services aux familles ?
Ainsi naît l’idée de la Maison Bleue : une idée profondément ancrée dans son histoire familiale puisque sa mère et sa sœur font partie de l’aventure. Pendant les neuf mois de sa grossesse, Amélie mobilise des fonds, met en place l’organisme, obtient un numéro de charité et crée un conseil d’administration. Elle signe le bail en octobre 2006 et donne naissance, en novembre, à une petite fille… aux yeux bleus. Sa sœur prendra le relais pour ouvrir la première Maison Bleue pendant son congé de maternité.
Au-delà de sa famille, c’est tout son entourage qui soutient et participe à la Maison Bleue. Plusieurs de ses ami(e)s du Collège Stanislas, où elle a fait tout son secondaire, siègent également au conseil d’administration et ont contribué à bâtir l’organisation.
« Toutes les étoiles se sont alignées » confie-t-elle en souriant : ses études à la FAC, son travail en CPE, sa grossesse, ses relations et son congé de maternité ont permis à ce projet de voir le jour.
La Maison Bleue : une approche humaine et intégrée
Près de 20 ans plus tard (exactement l’âge de sa fille), la Maison Bleue incarne cette vision. Née du constat que les soins médicaux ne peuvent répondre à eux seuls à la complexité des réalités vécues par certaines familles, elle propose une approche intégrée.
Inspirée notamment par la pédiatre française Françoise Dolto et les Maisons vertes, par le Dr Gilles Julien et la pédiatrie sociale, ainsi que par des partenaires issus du milieu communautaire, l’organisation réunit sous un même toit des services médicaux, psychosociaux, éducatifs et, depuis 2022, juridiques.
La Maison Bleue est à la fois un organisme communautaire, une clinique médicale et une maison de la famille. Elle travaille en partenariat avec un centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) et un groupe de médecins de famille (GMF). L’objectif est d’offrir une réponse là où les besoins sont les plus criants. Cette hybridité permet de « créer un vrai village » autour des familles.
« Les gens arrivent par le médical, mais le gros de notre travail, c’est du psychosocial. » explique Amélie Sigouin. Dans cet espace, les liens se tissent progressivement. Une mère peut venir pour un suivi médical et, au fil des rencontres, découvrir d’autres ressources. « Tu peux aussi venir juste te faire un café. » complète-t-elle, soulignant l’importance de cette accessibilité informelle pour instaurer la confiance. Les Maisons sont profondément ancrées dans leurs quartiers, Côte-des-Neiges, Parc-Extension, Saint-Michel, Verdun et Montréal-Nord, et collaborent avec de nombreux partenaires. L’approche est humaine, interculturelle et fondée sur la reconnaissance des forces des familles.
« Notre plus beau cadeau, c’est quand les mamans viennent nous voir avec leur bébé naissant et qu’elles nous disent que nous sommes leur famille. » La vision est claire : agir le plus tôt possible, dès la grossesse, avec une approche écosystémique. Chaque aspect de la vie familiale a un impact sur le développement du tout-petit. Il faut donc une équipe interdisciplinaire capable d’accompagner la famille dans toute sa complexité.
Transmettre, bâtir et reconnaître les parcours
Aujourd’hui, le rôle d’Amélie Sigouin a évolué. « Mon travail a changé. Avant j’avais toujours un bébé dans les bras. Aujourd’hui, je fais plus d’administration et de philanthropie. » raconte-t-elle. Toujours portée par ses valeurs humaines, elle veille à soutenir ses équipes, qui soutiennent à leur tour les enfants et leurs familles.
Elle souhaite à présent transmettre cette expertise et développer des formations en périnatalité sociale, des guides et des collaborations avec d’autres programmes d’aide, afin de faire profiter au plus grand nombre cette approche interdisciplinaire et de proximité.
La reconnaissance que lui confère aujourd’hui son alma mater avec le prix de diplômée d’honneur de la Faculté de l’apprentissage continu revêt pour elle une signification particulière. « Ça me fait vraiment chaud au cœur de recevoir cette nomination, parce que je n’ai pas eu un parcours régulier. Je pense qu’on réussit à faire de grandes choses aussi avec un parcours atypique. Le fait que l’Université de Montréal reconnaisse ma trajectoire m’a beaucoup touchée. Je pensais que les études n’étaient pas pour moi. Pourtant j’y suis revenue et cela a été un coup de foudre. » confie-t-elle. Elle poursuit : « Je voudrais dire aux jeunes qui rencontrent des difficultés dans leur parcours scolaire que la pression et l’anxiété qu’ils vivent ne définissent pas leur avenir. Il existe une multitude de chemins possibles. C’est pour ça que cette distinction me fait tant plaisir : rien n’allait de soi pour moi. »
Fidèle à son esprit collectif, elle conclut : « Je reçois cette distinction, mais je la partage avec mes équipes qui font tout, qui font une job extraordinaire. »
Par son parcours, son engagement et sa capacité à transformer une intuition en projet de société, Amélie Sigouin incarne pleinement l’esprit de la Faculté de l’apprentissage continu: des chemins pluriels, ancrés dans la réalité, qui mènent à des contributions concrètes et durables à la société. Bien que le certificat en petite enfance et famille : intervention précoce ne soit plus ouvert aux admissions, la FAC continue d’offrir de nombreux programmes en santé et en intervention sociale, poursuivant ainsi sa mission de former des personnes engagées et capables d’agir concrètement auprès des populations qu’elles accompagnent.
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